Le permamanagement, idéal de l’entreprise vivante ?

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Le permamanagement, idéal de l’entreprise vivante ?


Le permamanagement, idéal de l’entreprise vivante ? 

Inspiré de la permaculture, le concept de permamanagement (ou permanagament) regarde l’entreprise comme un écosystème du vivant et entend appliquer les principes de cette démarche durable aux organisations. Idée de génie, fantasme irréalisable ou approche inspirationnelle dont on peut tirer un ensemble de bonnes pratiques ? On fait le point.  

 

La permaculture, un design qui porte en lui les graines de sa transposition 

Contraction de “permanent” et “culture”, la permaculture est un concept développé par Bill Mollison et David Holmgren à la fin des années 1970 dans Permaculture One: A Perennial Agriculture for Human Settlements (Transworld Publishers, 1978) (Permaculture 1. Une agriculture pérenne pour l’autosuffisance et les exploitations de toutes tailles), premier tome d’une recherche qui durera plusieurs décennies.   

Les deux scientifiques australiens définissent la permaculture comme une science et une méthode de conception (“design”) de systèmes soutenables et régénératifs, qui repose sur deux exigences : l’efficacité et l’éthique, à travers trois principes fondamentaux : prendre soin de la Terre, prendre soin des êtres humains et partager équitablement les ressources. 

Ainsi, contrairement à ce que l’on pense parfois, la permaculture ne s’est jamais limitée à l’agriculture, mais visait d’emblée à organiser des écosystèmes, naturels comme humains, capables de produire durablement des ressources (nourriture, énergie, habitat) tout en restant autonomes, résilients et auto-régulés. 

Pas étonnant, donc, que le monde de l’entreprise ait cherché à s’en saisir.  

 

Le permamanagement, pour cultiver autrement son entreprise 

C’est ce que fit Frédéric Marquet, consultant et coach professionnel, en déposant le concept de permamanagement. En 2019, il publie un premier article sur le site internet du Si Institut, laboratoire de coaching individuel et collectif, pour transposer la permaculture au monde de l’entreprise, démarche qu’il prolongera dans un livre Le Permamanagement, vers un management écologique et durable des acteurs et des organisations (Enrick Editions, 2022). 

Après avoir rencontré des producteurs et cultivateurs adeptes de la permaculture, le consultant est convaincu que, dans un monde menacé par la crise environnementale et climatique, il est impératif de “cultiver autrement son entreprise”. Le permamanagement, un management durable, soutenable pour les hommes et les organisations, respectueux des processus de régulation et participant à créer de la richesse source de profits et non l’inverse voit alors le jour. 

 

Révolution philosophique ou bon sens managérial ?   

Parmi les recommandations de Marquet, on trouve beaucoup de préconisations de bon sens : “observer avant d’agir”, “écouter et prendre le temps”, “agir avec une économie de moyens” ou encore “privilégier la diversité” et “développer le maximum d’interactions bénéfiques.”.

En termes de tensions et autres éventuelles difficultés dans la mise en œuvre, l’auteur évoque des “démarches non sincères qui aboutissent à davantage de problèmes”. S’adressant finalement aux perma-sceptiques, il assure que “La démarche du permamanagement n’est pas de proposer une vision idéaliste, voire farfelue de l’entreprise, mais bien d’instaurer un travail de fond et sur mesure, s’appuyant sur des diagnostics précis et des méthodologies issues des approches holistiques et systémiques.”  

Conclusion : Le permamanagement s’appuie sur le bon sens que l’être humain peut déployer lorsqu’il est dans la conscience de faire partie d’un tout complexe, nourrit par des interactions variées et nombreuses et dans la volonté de durabilité de ce tout, au moyen, entre autres, de l’écologie relationnelle.”   

 

Des tentatives de conceptualisation plus scientifique 

Certaines études cherchent à donner plus de substance au permamanagement à travers la conceptualisation scientifique.   

Ainsi, une étude publiée dans le Journal of Environmental Management  propose un dispositif pour combiner la philosophie permaculturelle avec des cadres de management stratégique, afin de concevoir des outils de gestion durable.   

Les auteurs suggèrent d’enregistrer les actifs naturels, de suivre des indicateurs de performance et d’intégrer des politiques sectorielles en temps réel, afin de concilier objectifs à court terme et développement à long terme de ressources renouvelables.  

Dans le champ de l’enseignement, une étude publiée dans The International Journal of Management Education  présente les résultats d’une enquête menée auprès d’enseignants européens. Celle-ci met en lumière l’intérêt significatif pour des approches transdisciplinaires qui favorisent la pensée systémique, l’”apprentissage anticipatif” et le “leadership éthique” en réponse aux défis de durabilité.  

 

La robustesse au secours du permamanagement ? 

“Outils de gestion”, “indicateurs de performance”….Et si, en voulant le renforcer, on ne risquait pas de faire tomber le permamanagement dans les écueils du culte de la performance ?  

S’il se contente d’ajouter une couche lexicale écologique à des logiques d’optimisation déjà existantes, ce concept fragile pourrait effectivement flirter avec les contradictions et les impasses de la performance.  

Mais si on prend au sérieux l’inspiration du vivant, alors il invite à un véritable déplacement : accepter une forme de lenteur, de redondance, d’imperfection, pour construire des organisations capables de durer, d’absorber les chocs et de préserver leurs équilibres internes. 

Dans cette perspective, le permamanagement n’est peut-être ni une évidence, ni une révolution, mais une bifurcation possible : celle qui consiste à renoncer à former des gazelles épuisées pour préférer s’exercer, collectivement, à devenir des sangliers suffisamment robustes pour traverser le temps. 

 

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