Êtes-vous un rôle modèle pour la nouvelle génération ?

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Êtes-vous un rôle modèle pour la nouvelle génération ?


« Qui est votre rôle modèle ? » est une question classique. Mais une question plus intéressante encore est peut-être : « Pour qui êtes-vous un rôle modèle ? » Cette interrogation invite chacun et chacune à réfléchir non seulement à ses ambitions, mais aussi à son influence sur les autres.

 

Cette réflexion est particulièrement importante aujourd’hui, à une époque où les jeunes disposent d’une multitude de références accessibles, mais où ils manquent parfois de figures incarnées et proches d’eux pour les aider à se projeter.

 

 

Qu’est-ce qu’un rôle modèle ?

 

Le terme « rôle modèle » a été popularisé par le sociologue Robert K. Merton, qui observait que les individus se construisent en se comparant à des personnes occupant les positions auxquelles ils aspirent. Un rôle modèle est donc une personne dont le parcours, les comportements ou les valeurs donnent envie d’agir, de progresser ou de croire qu’un avenir est possible.

 

Un rôle modèle n’est pas nécessairement un héros ni une célébrité. Bien souvent, les figures les plus influentes sont des personnes ordinaires : un enseignant, un parent, une collègue, un manager, un ancien élève ou un artisan passionné. Il s’agit davantage d’une figure exemplaire que d’une femme ou un homme d’exception !

Contrairement à une idée répandue, ce qui fait un rôle modèle n’est pas la perfection. Les travaux de recherche montrent que les personnes inspirantes présentent généralement plusieurs caractéristiques : elles rendent leurs réussites crédibles ; elles partagent leurs difficultés autant que leurs succès ; elles incarnent une cohérence entre leurs discours et leurs actes ; elles transmettent des connaissances ou des façons de faire ; elles inspirent confiance ; elles ouvrent des horizons plutôt qu’elles n’imposent une voie.

 

L’authenticité apparaît souvent plus inspirante que l’excellence pure. Une personne qui raconte ses doutes, ses erreurs et les apprentissages qui en ont résulté offre davantage de prises d’identification qu’une figure paraissant inaccessible.

 

 

Pourquoi est-ce si important pour la jeunesse d’avoir des « rôles modèles » ?

 

Les jeunes construisent leur identité en répondant à trois questions fondamentales : qui suis-je ? Qui puis-je devenir ? Comment y parvenir ? Les rôles modèles contribuent précisément à répondre à ces interrogations. Une revue de littérature du National Mentoring Resource Center souligne que les jeunes qui bénéficient de figures inspirantes développent davantage leur confiance en eux, leur capacité à se projeter dans l’avenir et leur réflexion sur leurs choix d’orientation. Les recherches sur le mentorat indiquent également que les jeunes disposant d’adultes référents sont plus susceptibles de réussir leur transition vers l’emploi. L’enquête Role models matter révèle enfin que les adultes ayant eu un rôle modèle professionnel pendant leur jeunesse déclarent davantage de satisfaction professionnelle que ceux qui n’en ont pas eu et qu’ils ont également davantage de propension à l’engagement.

 

 

Les jeunes d’aujourd’hui considèrent-ils leurs aînés comme des modèles ?

 

Pendant longtemps, les aînés bénéficiaient presque automatiquement d’une légitimité fondée sur l’expérience qui semblait suffire à les introniser comme « rôle modèle » pour les plus jeunes. Les études sur la génération Z montrent en effet que les jeunes générations actuelles recherchent moins des figures d’autorité que des figures d’inspiration. Ils accordent davantage d’importance à l’authenticité, à la cohérence, à l’engagement, à la capacité à apprendre en permanence… Et à l’équilibre !

 

De ce fait, ils peinent à se projeter dans la figure du collègue expérimenté ou du manager confirmé quand celui-ci incarne un rapport au travail marqué par le dévouement à l’excès, jusque dans le sacrifice de la vie privée, des valeurs ou de la qualité des relations.

 

Mais est-ce à dire que les jeunes d’hier voyaient davantage leurs aînés comme des rôles modèles ? Pas si sûr ! Ils les voyaient comme des figures d’autorité qu’il leur fallait respecter – ou auxquelles donner des gages de respect. Dans ce schéma, la transmission des savoirs se faisaient par la reproduction des gestes et des codes en vue d’acquérir une légitimité suffisante pour « prendre la place » des aînés le temps voulu. Ce qui n’a pas grand-chose à voir avec le fait de prendre SA place à soi en intégrant les influences extérieures à son propre style.

 

 

Déverticaliser la relation pour dynamiser la transmission.

 

En réalité, la dynamique des rôles modèles est souvent parasitée par des formes de hiérarchie sociale figées où ce n’est pas tant la transmission qui est en jeu que la position de chacun dans l’espace social. Ainsi, la relation entre jeunes et seniors est trop souvent empêchée par l’adultisme ou domination par l’âge qui voudrait que les aînés exercent une forme de domination sur les jeunes. Or, la transmission en contexte de domination est difficile, quand obéissance à la discipline et apprentissage profond entrent en contradiction.

 

L’une des évolutions majeures de notre époque est donc l’apparition de formes plus horizontales d’apprentissage. On parle désormais de mentorat entre pairs, de communautés de pratique, de mentorat croisé… Et de mentorat inversé (reverse mentoring). Dans certaines organisations, ce sont désormais les plus jeunes qui transmettent aux plus expérimentés leurs connaissances des usages numériques, des attentes sociétales émergentes ou des nouveaux rapports au travail.

 

 

Et si les aînés prenaient aussi les jeunes pour rôles modèles ?

 

Mais est-ce que solliciter les jeunes pour transmettre des « savoirs de jeunes », c’est vraiment renouveler la relation intergénérationnelle ? Pas si sûr.

 

En revanche, il n’est pas idiot d’imaginer prendre exemple sur les jeunes pour reconsidérer notre rapport au travail et envisager un équilibre plus durable de l’équation contribution/retribution. Repenser notre vision de la performance et aborder la réussite de nos projets à la lueur des enjeux de notre époque davantage que dans les logiques de croissance dont nous avons hérité. Revoir notre rapport aux technologies que les jeunes associent moins que leurs aînés à l’idéal de progrès et davantage à l’instrumentalité plus ou moins raisonnée.

 

Se laisser influencer par les autres en général et les jeunes en particulier, n’est-ce pas au fond la meilleure façon d’être un rôle modèle intemporel ?

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