"Pour cultiver la bienveillance en entreprise, il faut la mettre au coeur de toute chose"

Octave Générations

"Pour cultiver la bienveillance en entreprise, il faut la mettre au coeur de toute chose"


« Pour cultiver la bienveillance en entreprise, il faut la mettre au coeur de toute chose »

 

Gaël Chatelain, 47 ans dont plus de la moitié passé en entreprise. De TF1 à Canal+ en passant par Velux, l’INA et le Groupe NRJ, ou en créant deux entreprises dans les nouvelles technologies, il a su se forger une solide expérience en tant que manager, résolument tourné vers l’humain.

Egalement écrivain (Michel Lafon 2008, Hachette 2017) il a décidé de joindre ses deux passions pour parler de ce qui le motive le plus depuis des années : le management par la bienveillance qu’il appelle le « feelgood management ». Son dernier livre « Mon boss est nul, mais je le soigne » a été le livre de management le plus vendu en France en 2017. Aujourd’hui conférencier et consultant, il consacre tout son temps à améliorer le bien-être en entreprise

Vous mettez en avant dans vos articles et votre livre, Mon boss est nul mais je le soigne, la notion de bienveillance au travail, selon vous, pourquoi les entreprises s’intéressent elles maintenant à ce sujet ?

Le début de cette histoire commence de façon triste, avec la vague de suicides à France Télécom. Les entreprises prennent conscience à cette époque que le travail peut tuer, au sens littéral du terme. Je sais bien que cela n’est pas très joyeux mais le début de l’histoire de la Qualité de Vie au travail (QVT) en France commence ainsi. Puis, petit à petit, les entreprises ont réalisé que le bien-être au travail était source de productivité, de créativité mais surtout un formidable moyen pour attirer et fidéliser les talents. Aristote disait que « la bienveillance, c’est s’intéresser aux autres de façon désintéressée ». En entreprise, la bienveillance est l’art de s’intéresser au bien-être des autres de façon intéressée. En effet, une entreprise bienveillante et attentive au bien-être de ses collaborateurs et de ses collaboratrices verra, par exemple, son taux d’absentéisme diminuer de façon très significative. Lorsque l’on sait que 80% des arrêts de travail sont liés directement ou indirectement au stress généré par l’entreprise, cela devient beaucoup plus concret. Au-delà de cet aspect, des salariés « détendus » seront plus impliqués, plus créatifs et prêts à se donner pour une entreprise qui les respecte et prend soin d’eux que pour une entreprise qui se contente de leur faire un virement sur leur compte bancaire chaque mois.

Comment les collaborateurs, les managers peuvent-ils cultiver leur bienveillance ? Quelles sont les nouvelles compétences qu’ils doivent développer ?

La bienveillance en entreprise tourne autour de ce que l’on appelle pompeusement les « soft skills ». Ces compétences sont tout sauf techniques : empathie, capacité d’écoute, créativité etc. Pour cultiver ces compétences, il faut à mon sens en premier y prêter attention et ce, dès le recrutement. Lorsque je travaillais dans des grands groupes média, mes entretiens de recrutement tournaient plus autour des passions des candidats et de leur centre d’intérêts que de leur capacité à faire un joli PowerPoint ou à réaliser un tableau dynamique Excel. Pour cultiver la bienveillance en entreprise, il faut la mettre au coeur de toute chose : voulons-nous des robots ou des êtres humains capables d’amener chaque équipe au plus haut ? Je ne crois pas aux seules compétences techniques en entreprise. Bien sûr, elles sont essentielles mais un bon technicien ne fera jamais un bon manager. Et, malheureusement, en France, 80% des recrutements sont faits sur des évaluations de compétences techniques. Dans l’absolu, un bon manager d’équipe n’est pas censé être meilleur spécialiste que ses équipes de chacun de leurs savoir-faire. Force est de constater au travers des nombreuses entreprises que je rencontre lors de mes conférences que c’est loin d’être le cas.

Quel est, selon vous, l’impact de la bienveillance sur la performance en entreprise ?

La première, et la plus visible des conséquences est la réduction de l’absentéisme. La plus grande partie de ce dernier est imputable au stress au travail et, en premier, à la pression trop importante mise par son management. Intégrer plus de bienveillance permet de réduire ce niveau de stress et l’absentéisme. Certaines entreprises ayant adopté des solutions technologiques de libération de la parole comme Ourcompany (application permettant aux collaborateurs et collaboratrices d’évaluer directement leur bien-être au quotidien) ont réduit leur taux d’absentéisme jusqu’à 30% !

La bienveillance en entreprise n’a rien de naïf ou de « bisounours ». Cette bienveillance est avant tout un moyen d’optimiser la performance de toutes et tous. Mais ce qui est intéressant c’est que ce concept qui semble nouveau pour ma génération (diplômé en 1992 d’une école de commerce) est un incontournable pour les jeunes diplômés de la génération Y ou Z qui représenteront 70% de la population active en 2030 ! Les enjeux sont donc gigantesques. Les entreprises qui n’intégreront pas cette bienveillance au quotidien, de façon concrète, n’auront aucun moyen d’attirer et de garder les talents.

Ma génération, née autour des années 70, a été élevé par des parents qui n’ont pas connu le chômage, ou très peu. Le chômage de longue durée était un concept qui n’existait même pas. Notre image de l’entreprise était extrêmement positive. A tel point qu’au moment où j’intégrais ma classe préparatoire aux grandes écoles de commerce, Bernard Tapie avait un prime-time sur TF1, « Ambition » mêlant économie et divertissement… inimaginable aujourd’hui dans une époque où pas un seul de nos enfants n’a connu dans son entourage proche, parents, oncles, tantes ou autre, quelqu’un au chômage. Ma génération voyait l’entreprise comme quelque chose de positif… les générations Y et Z voient l’entreprise comme un moyen, pas un but.

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