Le partage, levier de qualité de vie au travail et d’engagement

Octave Culture & Change

Le partage, levier de qualité de vie au travail et d’engagement


Le partage, levier de qualité de vie au travail et d’engagement

 

Gaëlle Bassuel est fondatrice de YesWeShare, une plateforme de partage entre collègues de travail. Son usage permet de générer des postures positives et des interactions porteuses de sens et d’engagement.

YesWeShare a été sélectionnée par le Transformateur Numérique de l’ANACT (Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions de Travail) dans le cadre d’un projet spécifique d’observatoire de l’égalité professionnelle et de prévention des risques psycho-sociaux.

Gaëlle revient sur la création de cette plateforme et cette nécessité d’investir dans la qualité de vie au travail.

D’où sont venus cette envie et ce besoin d’améliorer les relations entre collègues ? Qu’est-ce qui vous a amené à mener ce type d’initiative ?

En tant que consultante sur les questions de conditions de travail et de dialogue social, j’ai largement été témoin de l’ampleur du phénomène, auquel mes équipes étaient confrontées de façon quasi quotidienne sur le terrain. C’est un sujet encore tabou dans les entreprises, qui ont besoin de nouvelles approches pour enfin parvenir à travailler sur ces problématiques en amont, de manière véritablement préventive.n

Par ailleurs, je m’intéressais depuis longtemps à l’économie circulaire et collaborative.

Or l’entreprise est un terreau favorable à ces nouveaux usages, car c’est un lieu de proximité quotidienne, et une communauté de confiance. Et en retour, le partage est un formidable levier de lien social et d’engagement dans les organisations. Car il y a une corrélation très forte, de l’ordre de 80%, entre le fait de se sentir épanoui(e) au travail et la façon dont on juge la qualité de sa relation à ses collègues de travail.

Pourquoi mettre en place des initiatives de QVT selon vous ?

Selon une étude de l’Institut Gallup, seuls 9% des salariés français se disent « engagés », c’est à dire impliqués, proactifs, créateurs de valeur pour leur entreprise. Une grande majorité des actifs (65%) effectuent leurs tâches sans s’impliquer outre mesure. Ils sont physiquement présents mais leur cerveau et leur cœur sont ailleurs.

Plus inquiétant, un quart (26%) se déclarent « activement désengagés », c’est-à-dire qu’ils ont une vision négative de leur entreprise et vont jusqu’à agir contre ses intérêts. Et cela est dû en partie parce-que l’entreprise n’a pas su créer un climat favorable de confiance et de valeurs partagées. D’après l’étude de l’IBET menée par APICIL et Mozart Consulting, pour les 18 millions de salariés du privé, le mal-être au travail représente un coût de 12 600 € par salarié et par an, dont 77% liés aux désengagements respectifs.

L’évolution des attentes se traduit par la disparition de la frontière entre le personnel et le professionnel et la transformation de la notion de carrière. Le rapport entre l’entreprise et le salarié s’oriente vers une posture de deal win-win à court terme, avec un rapport au travail très égocentré.

En conclusion : il y a une nécessité de repenser la gestion des carrières pour assurer un engagement et répondre à la quête de sens. Sinon on s’expose à une fuite des talents très couteuse.

On identifie assez mal le coût global du turnover dans les entreprises. Il regroupe des coûts très épars : baisse de productivité précédant le départ, voire absentéisme ou présentéisme ; éventuelle négociation / transaction ; possible baisse de qualité, perte de contrats ; impact sur les collègues avec par ricochet démotivation et départs supplémentaires ; processus administratif ; recrutement, intégration, équipement, formation et productivité initiale faible des nouvelles recrues….

Le coût d’un départ et de son remplacement représentent en moyenne 9 mois de salaire du poste concerné, de 50% à 300% pour les emplois les plus qualifiés. En France, le taux de turnover était de 13,7% en 2013, et devrait atteindre les 15,1% en 2018. Contrairement à une idée reçue, la rémunération n’est pas, et de loin, l’élément principal. En moyenne, seules 10% des personnes interrogées l’invoquent en première raison.

Selon une enquête menée par Kelly Services sur plus de 14 000 salariés français, le salaire n’arrive qu’en 5e position des facteurs de rétention des candidats, après le bien-être au travail, la difficulté de trouver un poste similaire, l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée et enfin les opportunités d’évolution interne.

La donnée la plus importante est clairement le bien-être au travail, privilégiée par 35% des salariés sur le départ.

Les jeunes de la génération Y représentent désormais plus de la moitié de la main d’œuvre, et l’environnement de travail leur importe autant sinon plus que le travail lui-même. Ils veulent travailler aux côtés de personnes qu’ils apprécient, et dans un environnement où ils peuvent s’épanouir.

Cela dit, une récente étude menée par Hays France montre d’ailleurs que les babyboomers, les générations X, Y et Z ont plus de points communs que de divergences. Ces aspirations à plus d’autonomie, plus de sens, plus de cohérence, sont davantage une tendance actuelle transgénérationnelle qu’un trait uniquement attribuable aux millenials.

La prise en compte de cette dimension relationnelle suppose bien sûr que le rapport employeur / employé repose désormais sur une dynamique de collaboration plutôt que sur une relation donneur d’ordre / exécutant, désormais obsolète.

Avez-vous un message pour les entreprises d’aujourd’hui ?

Je dirais qu’il y a une vraie nécessité, en tant que décisionnaire, de passer d’une vision arithmétique de la masse salariale : nombre d’employés x nombre d’heures, à une vision organique : nombre d’employés x nombre d’heures x taux d’implication. Et à considérer les dépenses liées à la qualité de vie au travail comme un investissement plutôt que comme des charges supplémentaires. Cela dit, il s’agit d’être persuadé de la démarche et de véritablement l’incarner. Si le management est dans une logique de retour sur investissement, on passe à côté du sens et des valeurs.

Diplômée d’HEC, Gaëlle Bassuel débute sa vie professionnelle au service d’ONG et d’agences internationales, sur des projets touchant à la santé publique, à la résolution des conflits et à l’entrepreneuriat social. Pendant 10 ans, elle est Directrice Associée d’un cabinet de conseil qui accompagne les entreprises, les collectivités et les représentants du personnel sur les questions d’emploi, de conditions de travail et de dialogue social. En 2017, elle créé YesWeShare, plateforme de partage entre collègues, outil de qualité de vie au travail et d’engagement.

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