Entreprise libérée : comment engager cette transformation

 

Témoignage d’Alexandre Gérard recueilli pour le webmagazine Octave.

Alexandre débute sa carrière en prenant la direction de ChronoFlex en 1995. L’entreprise, spécialisée dans le flexible hydraulique sur site, impose en France en quelques années, un nouveau modèle dans le métier de l’intervention sur site et affirme sa position de leader du marché. En parallèle, il développe avec ses associés de nouvelles activités dans le digital, l’électricité, les achats et la communication.
Depuis 2010, il engage ses équipes dans une démarche de « libération », inspirée par J.F. Zobrist et Isaac Getz. Son objectif : créer un environnement bienveillant et nourricier qui permettra aux équipiers de s’épanouir et de s’engager. L’équation « La performance par le bonheur » est le socle de l’action collective des équipes. Alexandre Gérard partage cette expérience de libération dans des conférences, il est expert APM et Germe. Il est certifié Exed HEC en coaching d’organisation. Il accompagne des dirigeants qui s’engagent dans le mouvement des entreprises libérées.

 

Notre aventure commence en 95, nous décidons de lancer en France une innovation de service : un métier que j’aime à dire « sexy »… Le dépannage de flexibles hydrauliques sur site ! Notre rêve : créer un réseau national de spécialistes au volant d’unités d’intervention pour assurer le dépannage de machines, en urgence, 24h/7j, on arrive dans l’heure et on dépanne dans l’heure.
Ainsi nous allons vivre 12 ans de croissance effrénée. Une période  incroyable de notre histoire. Un véritable tourbillon d’énergie. En 2007, nous passons les 300 équipiers, nous sommes présents dans les DOM-TOM, le sud de L’Europe et la Suisse. La vie est belle !

Et tout ça ne va pas durer : la crise de 2009 nous balaye et nous perdons de 34 % de notre CA. Les licenciements sont alors le seul moyen d’éviter le dépôt de bilan. Nous nous réveillons avec une gueule de bois terrible. La plaisir de faire les choses a disparu pour beaucoup d’entre nous. Une question me hante : « Comment faire pour ne jamais revivre ça ? »

Je vais avoir la chance de rencontrer deux personnes qui vont changer ma vie : JF Zobrist, l’ancien patron de FAVI  et Isaac GETZ le co-auteur de Liberté et Cie. Ils vont m’aider à changer de regard sur l’entreprise. Ils vont m’expliquer comment l’organisation de l’entreprise ne tient qu’au regard que le patron a sur ses équipiers : si en tant que patron, je crois que mes équipiers ne savent pas ce qu’il faut faire pour bien faire le travail​, ​alors je mets en place un management « Command & Control »​(via les manager). A l’inverse, je peux considérer que mes équipiers ont en eux les ressources pour faire face aux problématiques qu’ils vont rencontrer, alors je leur fais confiance et je vais créer un environnement nourricier qui va les aider à grandir, comme le ferait un jardinier avec ses plantes​.

Avec mon équipe de direction, nous allons apprendre, tester et explorer… Cela toujours sans rien dire, préférant les faits à la communication. Ces 18 mois nous ont aussi permis de nous préparer à lâcher prise avec des coachs pour nous décrasser de cette culture qui nous enferme dans le culte de la performance individuelle.

Le 7 janvier 2012 nous nous sentons prêts à faire ce que nous appelons dans le jargon des Entreprises Libérées « le saut en parachute ». Ce geste irréversible, montrera à tous que plus jamais demain ne sera comme hier. 5 mois après, je confie les clés de la boutique à l’équipe et je pars avec ma famille, ma femme et nos 3 enfants, faire un tour du monde d’une année. Un rêve de gosse, un besoin de retrouver les miens, de me retaper mais aussi de me désintoxiquer de cette entreprise dont j’étais devenu addict.
Les équipes vont bosser d’arrache-pied et n’auront de cesse de me démontrer qu’ils sont dignes de cette confiance. Le résultat sera impressionnant !

Aujourd’hui, et comme dans beaucoup d’Entreprises Libérées, la confiance est au cœur de notre organisation. J’aime la traduire de cinq manières :

  • Nous croyons à la subsidiarité et à l’intelligence collective
  • Chez nous l’information n’est plus un enjeu de pouvoir …
  • Le volontariat est au cœur de l’action…
  • Nous basculons du contrôle à l’autocontrôle…
  • Et enfin et ce n’est pas le plus simple, nous tentons de promouvoir une culture de l’erreur…

L’Entreprise Libérée est plus un chemin qu’un état. Sur ce chemin, nous allons tenter de passer du pouvoir du Père au pouvoir des Pairs. Les deux pièges complexifiant de la démarche, dans lesquels tombent la majorité des grandes entreprises sont, de mon point de vue :

  • Annoncer que l’on veut libérer sa boite à ses équipes (on délivre alors une promesse qu’on ne peut pas tenir rapidement car les processus de transformation sont très long, (d’où le rejet des équipes)
  • Penser que l’on peut transformer sa boite en « faisant les choses », car l’idée est plus de « laisser faire les choses » ce qui est très compliqué pour un dirigent – comme moi – qui a toujours maîtrisé les choses.

En regardant ce chemin parcouru depuis 5 ans, 5 points d’attentions résonnent en moi. J’encourage ceux qui, un jour, souhaiteront s’engager sur le chemin de la confiance de méditer ces quelques phrases.

  • Pourquoi est-ce que je souhaite, au fond de moi, engager cette transformation ?
  • « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », dicton africain
  • « Soit le changement que tu veux voir dans le monde » (Gandhi)
  • Ce n’est pas que les gens n’aiment pas changer, c’est qu’ils n’aiment pas qu’on les change » Richard Teerlink Ex PDG d’Harley Davidson
  • Que d’efforts il faut faire pour ne pas agir.

Pour conclure, j’aime à penser, au regard du nombre d’organisations engagées aujourd’hui dans la démarche, que, dans moins de 5 ans, le monde de l’entreprise basculera massivement vers des organisations de liberté et de confiance. Si aujourd’hui nous pouvons encore nous poser la question : « Y vais-je ou pas ? », je suis convaincu que demain la question sera simplement « Quand et comment ? »

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